lundi 30 mars 2009

Hors Cadre

En ce lundi 30 pluviose de l'an de grâce 2009, après six semaines de gestation, votre illustre hôte L. est très heureux de vous annoncer la naissance de son second enfant, ce dimanche 29, aux environs proches de quelque chose comme 18 heures plus ou moins précises (à un ou deux méridiens de Greenwitch près).


Ce fier gaillard pesait (et pèse toujours) quelques 180 pages, et son père célibataire a décidé d'un commun accord avec lui-même de le prénommer "HORS CADRE," et d'en faire une fable poético-fantastique teintée de comédie romantique et articulée autour de trois thèmes en "A" liés les uns aux autres : Art, Amour, Aliénation...

Autant dire que les chances que ledit scénario fasse un jour sa puberté en devenant un vrai film (de trois heures, une page équivalant approximativement à une minute de film) sont proches du zéro absolu, surtout sur notre pourtant beau territoire. Le genre de scénario qui vous tue une carrière prometteuse en quatre seconde et dix huit centièmes (on n'en espérait pas moins de ma personne)...
Mais qu'à cela ne tienne !
Pour celles et ceux qui, au passage, seraient tenté(e)s de tenter l'aventure (formatrice, passionnante et unique en son genre, en terme d'écriture), voici quelques liens utiles (les informations étant extrêmement difficiles à trouver, même sur le net) pour découvrir les principales règles (extrêmement strictes) qui régissent ce type d'exercice de style :
Et comme en plus du "plus", la présentation se doit d'être particulière, je ne saurais trop vous recommander de télécharger la nouvelle version d'Open Office (logiciel gratuit) avec sa mise à jour (gratuite aussi) prévue exprès à cet effet, ce qui, après quelques ajustements indispensables (mais faciles à réaliser, puisque j'y ai réussi), vous évitera de claquer 500 euros dans un logiciel professionnel.

En ce qui me concerne, juste pour vous faire partager ma joie de jeune papa, je vous ouvre ci-après les pages de mon album de famille et en dévoile à la fois le pitch et la scène d'ouverture...


HORS CADRE

Synopsis

Une vie comblée. Pourtant : un vide. Des visions et des sentiments de déjà-vu. L’image d’une femme. Une quête insensée. Une part du monde gommée et l’ultime sacrifice pour la réécrire. Pour que l’amour présent triomphe de l’amour passé.

L'histoire d’un jeune peintre talentueux qui, après avoir longtemps bataillé pour se faire connaître, voit enfin la vie lui sourire : plébiscité dans le milieu artistique, son nom est devenu LA valeur montante du milieu, le centre de toutes les attentions… Ses toiles se vendent à prix d’or, les critiques sont élogieuses, ses expositions sont de vrais succès. Il ne compte plus les amis et les personnalités qui gravitent dans son entourage. Il vit même depuis peu une belle histoire d’amour avec une femme exceptionnelle et magnifique qui, ne serait-ce qu’une année plus tôt, ne lui aurait sans doute pas jeté le moindre regard. Pourtant, au fond de lui, il sent comme un manque, comme un vide, une absence qui ne fait que croître. Ses sentiments semblent enfermés à double tour aux tréfonds de son cœur, comme si seule sa main droite vivait encore lorsqu’elle saisissait un pinceau, comme si ses toiles étaient le reflet inversé de ce qu’il était tout au fond de lui, comme s’il ne peignait que pour ignorer une blessure qui le tourmenterait ou pour retrouver une chose qu’il aurait perdu. Une chose… Oui, peut-être. Mais laquelle ?

Petit à petit, il perd le sommeil, l’appétit, le sourire… Quelque chose ne va pas, il en est convaincu. Il ne saurait dire quoi mais c’est plus qu’une simple intuition. Et puis… Comme cette intuition ne cesse de le harceler, de plus en plus forte, insistante, des choses étranges commencent à se produire. Il y a d’abord cette tache floue, lumineuse, qui bouge dans son regard, éclaire ses nuits dès qu’il laisse ses paupières tomber et l’empêche de dormir : une tache mouvante, informe, indistincte et qui, parfois, semble presque humaine… Ensuite : des sensations de déjà-vu, des phrases qu’il lui semble avoir déjà entendues - mais dans la bouche de quelqu’un d’autre -, des impressions, des situations qu’il lui semble avoir déjà vécues - mais dans d’autres circonstances -, des lieux qu’il reconnaît mais sans y avoir mis les pieds… Des gens, aussi. Un restaurant et un serveur, dont il connaît le nom alors qu’il vient là pour la première fois… Un couple d’une cinquantaine d’années qu’il croise souvent, à qui il manquerait quelque chose…

Le phénomène ne cesse de se produire et de se reproduire encore : peu à peu, sa vie devient un puzzle qu’il cherche à reconstituer, sombrant lentement dans l’obsession, prenant des distances avec son existence idéale pour se lancer dans des introspections interminables, de longues promenades nocturnes, de paysages en paysages, de rencontres en rencontres, laissant sa voiture le guider en suivant des lignes blanches qui ne le mènent nulle part. Bientôt, il lui semble même entendre des voix… Ou plus exactement : UNE voix, toujours la même. Une voix féminine… Mais chaque fois qu’il se retourne, il ne trouve personne derrière lui. Ainsi… Au fur et à mesure des incohérences, des réminiscences et des visions, des souvenirs lui reviennent par flashs. Il finit par se rappeler une femme, une femme superbe qu’il est sûr et certain de ne jamais avoir connu et dont le visage, pourtant, lui est si familier qu’il lui est douloureux. Son cœur semble alors se remettre à battre. Jour après jour s’enchaînent ensuite les scènes de sa vie avec elle : une vie rêvée, qu’il n’a jamais vécue et qui, pourtant, lui manque infiniment… Son rire, son souffle, sa douceur et sa générosité… Sa manière de l’encourager, de s’inquiéter quand il lui paraissait trop sombre… Comme si une nouvelle existence se superposait dans sa tête à celle qu’il vivait à présent…

Craignant d’être en train de perdre la raison, il panique, retourne dans tous les endroits dont il a le souvenir, les arpente d’un bout à l’autre, remue ciel et terre, crie, pleure… Puis se tourne vers l’azur, implorant pour que cela cesse… Cette sensation qu’on lui arrache le cœur à chaque réminiscence, ce sentiment d’avoir tout perdu sans avoir jamais rien eu, cette douleur lancinante au niveau de la poitrine…

Et puis, un jour…


Extrait
(opening scene)

EMMA :
(amusée)
C’est quoi, l’Art, pour toi, Vincent ?

VINCENT :
L’Art ?

FADE IN :

Ext. PARC - Jour

Des yeux s’ouvrent sur un parc baigné de lumière, des nuages immobiles, un tapis d’herbe, des détails au hasard : un chemin de traverse goudronné, des arbres aux feuilles dorées, un peu de vent.

Emma et Vincent discutent, sereins, hors cadre. Seuls se laissent apercevoir, ici et là, la blancheur de la peau d’une femme, la finesse de son bras nu, l’éclat de sa longue chevelure blonde.

EMMA :
Eh bien oui, « l’Art ». Tu sais : pinceaux, peintures, angoisses, fins de mois difficiles, vie monastique, ce genre de choses...

VINCENT :
Je ne vois vraiment pas…

EMMA :
« Pourquoi est-ce que tu crées ? », si tu préfères.

VINCENT :
Il faut forcément une raison ?

EMMA :
Pas forcément, non. Mais il faut bien que ça ait un sens, à tes yeux, sinon pourquoi tu passerais autant de nuits devant ton chevalet, à y dessiner d’anciens rêves, au lieu d’en rêver de nouveaux ?

VINCENT :
Je ne sais pas. Je n’ai pas réfléchi à la question.

EMMA :
(amère)
Évidemment, que tu n’y as pas réfléchi. Je ne suis pas surprise. Vous, les artistes, vous êtes des gens superstitieux.

VINCENT :
Comment ça ? !

EMMA :
Tu vois… On dirait que, pour vous, ces choses doivent rester de l’ordre du mystère, du sacré, du magique, de peur qu’elles ne s’évaporent sous votre nez comme le mirage qu’elles sont. Un peu comme des idoles dont vous refusez de douter, de peur qu’elles l’interprètent comme une absence de foi et qu’elles vous abandonnent. Sans cette confiance aveugle qui est supposée faire le véritable artiste, comment ce dernier pourrait-il rendre en vénération ce que ses déesses lui ont donné de talent ?

VINCENT :
(sur la défensive)
Comme d’habitude, tu prends les choses à la légère, tu fais de l’ironie, mais même toi, tu devras admettre qu’il y a de la magie dans l’art !

EMMA :
Des territoires inconnus à conquérir, c’est ça ? Des créatures chimériques à dompter ? A d’autres ! L’Art, ce n’est que des jeux de lumière, des impressions, du vent, du rêve, des pigments mélangés à la poussière… Pas de substance, pas de grandeur, de transcendance particulière. Rien de sérieux. Rien qu’une vieille âme d’aventurier qui s’invente des collines imaginaires.

VINCENT :
Peut-être. Je ne sais pas. Je n’ai pas envie de savoir, en fait. J’aime peindre, c’est tout. J’en ai besoin. Ça me suffit, comme raison.

EMMA :
Tu m’aimes aussi, non ? Tu as besoin de moi. Pourtant, c’est différent. Ton regard ne brille pas autant, ni de la même manière, quand tu es avec moi.

VINCENT :
(sans assurance)
Bien sûr que si.

EMMA :
(nonchalante)
Bien sûr que non. Tu ne t’en rends sans doute pas compte, mon cœur, mais dans le tien, j’arrive en seconde position, et sans doute en sera-t-il toujours de la sorte. Quoi que je fasse, quoi que je puisse inventer pour te plaire. Ouvre les yeux : si tu m’aimais autant que tu l’affirmes, tu ne pourrais plus peindre, c’est aussi simple que ça. Les deux ne sont pas compatibles. Mais ça me va. Je ne suis pas de taille à lutter contre ta magie.

VINCENT :
Je ne pense pas que ce soit comparable. Les sentiments, c’est une chose. La création, c’en est une autre.

EMMA :
Si tu le dis.

Int. Atelier - Jour


Un atelier désert, poussiéreux, encombré de caisses, plongé dans la pénombre. Le soleil perce à travers les stores et dévoile une série de toiles entreposées les unes contre les autres.

EMMA :
Je veux seulement te cerner un peu mieux… Savoir comment tu vois le monde, en tant qu’artiste. Si tu vis dans le même que moi. Est-ce que pour toi, c’est une sorte de grande œuvre d’art dont tu voles des morceaux, ici et là, au hasard des envies ou des bouffées d’inspiration ? Est-ce que ton regard n’y voit que des traits, de la gouache ou des perspectives ? Est-ce qu’il le décompose, est-ce qu’il le traduit en coups de pinceaux pour ne plus rien lui laisser d’authentique ?

VINCENT :
Il y a un piège ?

EMMA :
Je cherche juste à comprendre.

VINCENT :
Eh bien peut-être que c’est ça, l’art. Que c’est juste une manière de chercher à comprendre. Juste une manière de regarder, rien d’autre.

Ext. Parc - Jour

Retour au parc : ses arbres, sa lumière, ses fleurs, ses nuages.

EMMA :
Mais pour voir quoi, alors ? Le monde tel qu’il est, ou tel qu’il n’est pas ? Est-ce que tu cours après des vérités, ou après des mensonges ?... Qui es-tu réellement ? Un magicien, ou un menteur ? Tu me dis que tu m’aimes, mais elle est où, ta passion pour moi ? Elle est où, ta magie ? Ils sont où, tes mensonges ?

VINCENT :
Je ne te suis pas.

EMMA :
En peignant, d’une certaine manière, tu t’appropries le monde, tu fais comme s’il était à toi, mais il n’est à personne, Vincent. Ta lumière n’est pas la lumière. Ton rouge n’est pas le Rouge. Ton ressenti n’est pas une vérité.

VINCENT :
Mais il le devient quand je crée.

EMMA :
Pour toi, seulement. C’est bien là le problème. Si tout ce que tu peux aimer, c’est ce que tu peux t’approprier, je suis quoi, moi, pour toi ? Est-ce que tu m’aimerais plus si j’étais un de tes tableaux ? Si ma peau n’était pas si tiède ? Si son rose n’était qu’un mélange de carmin et de blanc ? Si j’étais née de ton pinceau ?

VINCENT :
Bien sûr que non.

EMMA :
Tu m’oublierais, si je disparaissais ?

VINCENT :
Bien sûr que non.

EMMA :
Menteur. Si tu avais un choix à faire, ce ne serait pas moi.

VINCENT :
On parle de nous, là, ou de l’art ?

EMMA :
Tu fais une distinction ? Toi, moi, l’Art… C’est un ménage à trois, il faudra nous y faire. L’amour que tu lui donnes, il ne me revient pas.

VINCENT :
(avec un sourire)
Alors c’est « ça » ? ! Tu es jalouse ?

EMMA :
Je suis vivante, c’est tout.
(pause)
Au fait… C’est quoi, la vie, pour toi, Vincent ?

FADE OUT

- C'est donc à ça que vous occupez votre chomage, maître ? !
- Ben oui, Igor. Pourquoi ? Il y a d'autres moyens ?

(NdPrivate : Oui, je SAIS, Seb, je te dois des droits d'auteurs... On verra ça lors de notre prochaine rencontre, à minuit, au milieu d'un pont...)

9 commentaires:

Corto a dit…

Ouais ouais ouais ! Ca a l'air bien classe et tout et tout. Vivement qu'on puisse le lire en entier !

L. a dit…

Ha ha !

A ce que je vois, t'as recommencé à manger des clowns ?

Je croyais que t'étais en période probatoire ? !

Corto a dit…

Mars c'est pas Pluviose ??? Merdalors !

L. a dit…

Ben non, tout le monde sait ça ! Pluviôse (avec un tréma, à l'origine, quand même) (on est où, là ! C'est un blog culturel ! ça implique d'avoir une certaine culture !) (les cultures de haricots rouges sont acceptées A LA RIGUEUR !) allait du 20 janvier au 18 février du calendrier Grégorien. Dans le calendrier L.ien, il est poussé exceptionnellement jusqu'à fin mars, pour des raisons de symbolisme athmosphériques d'un articisme évident.

L. a dit…

D'autres questions ?

Astrale a dit…

J'adore ton texte L. sans vouloir te flatter, hein! peut-être parce que le sujet me touche...Je lirais bien la suite! :-)J'imagine bien un film, aussi, je te souhaite que cela marche!!

Astrale a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Astrale a dit…

bien les photos qui accompagnent aussi!

cornichonne a dit…

Cornichonne a dit: ben pour une fois j'ai lu tout d'une traite (de blanche) sans m'arrêter...et j'en redemande une lampée! bravi L.