(Sans doute parce que je ne me suis pas payé d'assez gros honoraires...) (c'est tout moi).
Les gens ont des tas de rêves au fond d’eux. Des rêves qu’ils gardent leur vie entière en attendant, patients, qu’ils les voient s'exaucer un jour.
Ils voudraient être riches, connus, aimés, comblés, compris… Tout simplement : se détacher d’une masse dans laquelle ils se sentent perdus pour pouvoir crier, affirmer, imposer leur existence à la face du monde, y afficher leur « moi » profond, leur caractère unique, leur valeur d’être humain. Les enfants, bien sûr, ne font pas exception, bien au contraire : il n’y a pas un adulte qui rêve autant qu’eux peuvent rêver, parce qu’eux pensent encore que tout est possible, eux ne laissent pas la réalité peser sur leurs souhaits, ils n’essaient pas d’être raisonnables, d’être sages, d’être mesurés, ils se contentent juste de souhaiter, souhaiter de toutes leurs forces, souhaiter à s’en rendre malade tout en sachant pourtant, tout au fond d'eux, que ces souhaits-là ne seront jamais exaucés, qu’ils ne seront jamais que des étoiles filantes accrochées au ciel de leurs nuits...
Ce qui ne les empêche pas de souhaiter.
Ils voudraient pouvoir voler dans le ciel, savoir parler aux animaux, ressembler aux héros des dessins animés dans lesquels ils se perdent, marcher sur l’eau ou traverser l'espace à la vitesse de la lumière. Qui ne le voudrait pas ? Qui de sensé ?
Mais au-delà, adultes, enfants, tous ont tout au fond d’eux un « rêve secret », un rêve qui vaut pour tous les autres : celui d’être différent, d’avoir « un petit quelque chose en plus », une étincelle qui n’appartiendrait qu’à soi seul.
Or…
Les gens devraient faire attention aux vœux qu’ils formulent en secret, de crainte qu’ils ne se réalisent un jour. Car qui sait, alors, s’ils ne se trouveraient pas obligés d'en payer le prix, et même, si ce prix ne serait pas sans commune mesure avec ce qu'ils seraient disposés à payer. S’ils savaient ! S’ils pouvaient deviner…
S’ils connaissaient les risques qu’ils prennent à nourrir de tels rêves, à caresser de si fantastiques ambitions, aspirer à de si franches consécrations… S’ils avaient conscience du danger auquel ils s’exposent en se voulant hors-du-commun, ils y renonceraient sans doute, cesseraient immédiatement de s’accrocher à d’aussi vains désirs.
« J'aimerais être différent », voudraient-ils demander. « J'aimerais que le monde me remarque, qu’il remarque ce que j’ai d’unique, qu’il prenne pleinement conscience de mon unicité, qu’il m’accorde enfin la valeur que je suis sûr d’avoir. Je ne suis pas qu’un visage parmi d’autres, je suis « moi », alors regardez-« moi », aimez « ce que je suis ». Si seulement, oui, si seulement j’étais différent, enfin, ils ne pourraient que s’en apercevoir, je n’aurais plus rien à prouver… ». Qui, au fond de soi, n’a jamais eu de telles pensées ? Qui n’a jamais éprouvé un peu d’amertume en ne les voyant pas se rélaiser ?
Et pourtant, combien il est heureux qu'elles ne l’aient pas été ! Combien il est heureux que le Ciel ne les ait jamais entendues !
C'est un fait : les gens ne pensent pas sérieusement aux conséquences que peuvent avoir les vœux qu’ils formulent, ils ne voient que le côté clair, le côté attractif, désirable, et ils ignorent que chaque clarté, chaque reflet d’or à une part d’ombre en proportion. Au fond, ils savent qu’ils ne seront pas exaucés et qu’ils ne risquent rien, si ce n’est de vibrants regrets, alors ils peuvent se le permettre… Peut-être, se disent-ils, qu’en étant différent, en sachant faire des choses que « les autres » ne sauraient pas faire, des choses qui les distingueraient, ils seraient « meilleurs qu’eux », ils donneraient un sens à leur vie, ils seraient plus heureux, ils combleraient le vide qu’ils sentent à l’intérieur. Enfin, ils auraient une authentique importance, enfin ils ne compteraient plus pour rien… Ils seraient cet empereur qu’ils auront toujours rêvé d’être. Ils seraient la personne qu’ils étaient destinés à être. Il leur suffirait d’être ne serait-ce qu’un peu différent et tout s’arrangerait dans leur vie, c’est obligé, ils cesseraient d’être invisibles, de n’exister qu’en pointillé, d’être des éléments du décor. Enfin, ils seraient Beaux, ils seraient Grands, ils seraient Forts.
Ah, s’ils savaient ! S’ils pouvaient pressentir qu’être différent, dans l’absolu, ce n’est rien de cela, que cela peut être agréable, parfois - et que, parfois, cela rend fier -, que cela peut être passionnant, voire précieux, mais que cela ne rend ni meilleur, ni plus fort, ni plus vivant. Au fond, être différent, c’est seulement être « Seul », plus seul qu’eux-mêmes - qui se sentent pourtant déjà seuls - ne le seront jamais, condamné à ne jamais être véritablement compris, à ne jamais être réellement aimé, à ne pas pouvoir partager ce que l’on est, à devoir le garder pour soi, à n’exister « en tant que soi » que pour soi-même, briller comme la plus jolie des étoiles, peut-être, mais à des milliers d’années lumière de tout astre et ne jamais, jamais, jamais pouvoir s’en approcher, si intensément qu’on le veuille.
On voit ce qu’on ne veut pas voir, on comprend ce qu’on ne veut pas comprendre, on sait ce qu’on ne veut pas savoir mais on n’a pas le choix, et plus on est entouré et plus on est seul, et plus on est seul et plus on se sent différent, aussi est-ce plus un fardeau qu’une chance, plus un poids qu’une bénédiction.
Dès lors qu’on n’est pas comme les autres, il n’y a en définitive que le ciel à ne pas se détourner de ce que l’on est, que le bleu de l’azur où l’on peut trouver un peu de réconfort. Loin du regard des autres, on trouve un peu de paix, un peu de soulagement, on ferme les yeux, on inspire un grand coup et quelques minutes, quelques heures, on oublie qu’on est différent (et même, qu’on a pu être idiot au point de souhaiter l’être !), et enfin, entre ciel et terre - sans appartenir à aucun des deux -, on se sent « normal »…
Alors, enfin, on n’est plus seul.
Alors, enfin, paradoxalement, c’est le Bonheur.
Quelques instants, et puis...
3 commentaires:
Moi, je veux gagner plein de fric ! Mais vraiment, vraiment, vraiment plein ! Des milliards ! Et je me fous complètement du côté obscure de mes souhaits pourvu que mes rêves se réalisent sans que j'aie à lever le petit doigt pour ça ! Na !
Des milliards de milliards ! Et pas en dollars zimbabwéens hein ! Je vois bien venir le gag du Destin !
Flut-euhhhhh !
C'est même pas drôle, d'abord !
Je vais en faire quoi, moi, de ces milliards de milliards en billets zimbabwéens ? Acheter un chameau ?
Bon sang ! J'en sponsorise déjà plein (c'est une métaphore), et en plus, avec ces milliards de milliards, j'aurais à peine de quoi m'acheter une selle et une gourde (j'en sponsorise aussi des tas) !
Non, franchement, Corto, en tant que généreux sponsors, je ne peux que te dédicacer cette bouche d'égoût malencontreusement ouverte sous tes pieds (tm).
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