samedi 31 janvier 2009

La vie selon John Rambo

Vite posté, vite édité : quatrième épisode de mon auto-psychanalyse. Et tout un chacun de se demander : c'est grave, docteur ?



Séance 4 : Conscience sans inconscience n'est que ruine de l'âme.
(ou quelque chose de ce genre)


Quand on observe un peu les gens autour de soi, quand on s’arrête un peu pour les regarder vivre, on finit nécessairement par se demander… Pourquoi certains d’entre eux sont-ils plus insouciants que d’autres ? Et pourquoi certaines personnes peuvent-elles vivre comme si rien ne les atteignait, tandis que d’autres se rendent malade au moindre échec ? Qu’est-ce qui fait que certaines sont franches, impulsives, naturelles et d’autres, renfermées sur elles-mêmes, terrorisées par l’improvisation ? A quoi tient une telle différence ?

Il n’y a pas à chercher bien loin. Simplement : à la conscience plus ou moins nette que ces personnes ont de la Vie - ou plutôt : de cet immense champ de mines qu’est la Vie -. Car ce n’est ni plus ni moins que cela, au fond : un champ de mines. Dès lors, s'il vous faut absolument le traverser mais que - par chance (?) - vous ignorez que c’en est un, vous avancerez confiant, volontaire et déterminé, sourire aux lèvres, sans vous soucier le moins du monde d’où vous mettez les pieds… Mais si a contrario, vous êtes conscient des risques, si vous savez pertinnement de quoi il retourne, vous serez prudents, sur vos gardes, vous ferez attention, vous calculerez le plus dérisoire de vos gestes, la plus volatile de vos phrases, vous progresserez lentement, sans hâte, tout en cherchant à voir où ces mines sont placées.

Or, c’est inévitable : plus vous scruterez le champ à leur recherche et plus vous en trouvrez (et plus vous en trouvrez, et plus vous fouillerez le champ du regard, et moins vous avancerez). Avec l’habitude, vous commencerez par en voir une ou deux, ici et là, puis quatre ou cinq, puis des dizaines, puis des centaines, puis des milliers, pour comprendre qu’en fin de compte, vous ne pouvez aller nulle part, qu’il y en a tout autour de vous, partout, partout, et que vous ne pourrez jamais vous frayer passage sans marcher sur l’une d’elles.

Qu’ensuite, vous marcherez sur une autre, puis sur une autre encore.

C’est précisément cette conscience que l’on a (ou non) des mines autour de nous qu’on appelle la « maturité » (la vraie)... C'est cette conscience que l’on a (ou non) de nos actes, de leurs possibles répercutions qui font qu’on est vraiment « adulte », ou rien qu’« un enfant dans un corps d’adulte ». Parce que quand on y pense, comment rester insouciant, naturel, souriant, dès lors qu’on sait que chaque pas en avant peut être un pas de trop (ou dans une mauvaise direction), que chacun de nos actes aura nécessairement des retombées que nous n’aurons pas pu prévoir, lesquelles auront d’autres retombées, qui entraîneront d’autres retombées encore… ?

Et quand bien même !

Si, en explosant, les mines sur lesquelles nous marchons ne touchaient que nous seuls, l’idée d’avancer resterait soutenable, envisageable… Hélas, elles touchent nécessairement aussi (voire peut-être même d’abord) les gens qui nous entourent, ceux auxquels nous tenons et que nous pouvons faire souffrir au moindre de nos faux pas.

Comment, alors, avancer sereinement, lorsqu’on mesure pleinement l’étendue de nos responsabilités ? Comment ne pas être tenté - à l’inverse - de « ne plus bouger », de rester sur place, de ne plus faire un geste, de ne plus dire un mot, de retenir son souffle pour éviter de blesser qui que ce soit (sans bien savoir si - au fond - ce « rester sur place » n’est pas déjà une manière de blesser ,en soi ?) ? Comment, dès lors qu’on essaie d’avancer, dès lors qu’on se décide à prendre le risque, ne pas essayer de tout calculer, tout prévoir, tout envisager ou mieux : d'anticiper notre trajectoire pour faire le minimum de mal autour de nous ? Comment, au-delà, ne pas avoir comme un pincement au cœur quand ceux qui nous sont proches nous reprochent gentiment de ne pas être assez « naturel », pas assez spontané, alors que c’est principalement pour eux que nous ne nous autorisons plus à être l’un ou l’autre ? Ne préfèrerait-on pas, nous aussi, ne rien savoir des mines et des répercutions, pouvoir avancer le sourire aux lèvres, les mains dans les poches, en sifflotant un air léger, sans crainte de ce qui pourrait arriver, d’être « inconscient » au point de pouvoir se permettre de marcher d’un pas conquérant ? Ne voudrait-on pas nous aussi pouvoir faire comme si toutes ces mines n’existaient pas, au lieu d’en voir de plus en plus, de plus en plus, de plus en plus ? Ne serait-on pas en droit d’envier ces personnes qui brillent par leur manières franches, séduisent par leur allant, attirent sur elles tous les regards quand ceux-ci se détournent de nous (tout ça parce que nous n’avons qu’une seule obsession : protéger ces personnes, leur faire le moins de mal possible - si possible, pas de mal du tout -) ?

C’est - précisément - toute la beauté et le fardeau de cette fameuse « maturité ». En effet, plus on est mûr et plus on voit de mines. Or plus on voit de mines, plus on peut en protéger les autres (sans que ces autres ne sachent jamais ce que cela nous coûte), mais moins on peut avancer pour soi-même, plus on doit faire de sacrifices.

Quand ils regardent le chemin devant eux, les gens voient plus ou moins de mines, tout dépend d’eux, de ce qu’ils ont vécu : certains n’en voient aucunes, d’autres à peine une poignée, d’autres encore, assez pour en avoir peur, d’autres un peu plus encore, d’autres beaucoup, beaucoup trop. Pour la plupart, ils en distinguent un certain nombre, mais heureusement, très loin de la totalité. Et quant à ceux qui s’approchent de celle-ci…

Comment parviennent-ils à garder un semblant de sérénité, un soupçon d’insouciance, le courage d’avancer envers et contre tout ?

12 commentaires:

Corto a dit…

En achetant l'intégrale de Tokyo Babylon ?

L. a dit…

Et un flingue.

Corto a dit…

Et un grand manteau cache-poussière.

L. a dit…

Bon, alors si on va par là, une scie pour scier le canon du flingue.

John Locke a dit…

Mais quel est ce ramassis de niaiseries que je lis là ? Il est illusoire de croire que chaque homme a le même nombre de mines sur son terrain. Certains avancent l'air serein car leur champ n'est qu'un agréable champ de blé à perte de vue. Point de mine ici. D'autres ont beaucoup de mines mais y accordent moins d'importance que vous, cher L.

Symboliser la vie par un champ tellement plein de mines qu'il devient impossible d'y faire le MOINDRE PAS, c'est faire preuve en soi d'une grande immaturité. De paranoïa également. Je vous laisse méditer sur les multiples facettes de la vie, car vous me semblez l'observer par le petit bout de la lorgnette, et, qui plus est, au travers d'un prisme fortement déformant. Regardez plus loin que le bout de votre nez.

Laissez vous porter. Osez le premier pas. Car de toutes façons, le fait que vous mettiez le pied sur une mine - ou plutôt, pour dédramatiser la situation, sur une crotte de chien - n'est pas choisi par vous. Non. C'est le destin qui vous fera poser le pied là, à cet endroit précis. Il vous y aurait fait marcher même si vous étiez pétrifié par la terreur (une rafale de vent vous aurait déséquilibré). Croyez-vous au destin, L. ? Ne pensez-vous pas qu'un destin capable de nous amener sur cette île, et dans ces conditions, ne puisse aucunement être le fruit d'une coïncidence fortuite ?

Une vie si pleine de mine qu'est la vôtre, telle que vous l'exposez pitoyablement ici, certains l'affrontent comme une série d'épreuves envoyées par leur messie (dont les voies sont toujours, par besoin d'opacité, impénétrables), d'autres choisissent d'avancer légèrement en minimisant les conséquences - et vous les reniez en leur appliquant l'étendard de l'immaturité, les pauvres - d'autres encore, tel vous, décident d'abandonner toute lutte.

A cette dernière catégorie, je souhaite adresser un message :

4 8 15 16 23 42

Tout est aussi simple que ça. Ces problèmes qui vous tétanisent, ne sont qu'un masque de fumée qui vous font focaliser votre attention sur des détails, afin de vous détourner du but ultime de la vie. Et ce but ultime est le suivant :

(tapez ici votre but ultime dans la vie)

Corto a dit…

Je suis d'accord avec John m'enfin c'est quand même plus facile d'être d'accord avec un type qui joue les lanceurs de couteau dans le dos des gens pour régler les problèmes.

Cette auto-psychanalyse vire au grand n'importe quoi. Ce qui, l'un dans l'autre, ne peut que signifier qu'elle va dans le bon sens.

La vie c'est pas que des mines, c'est plutôt des boîtes mystères disséminées un peu partout et quand on marche dessus, soit ça pète, soit ça donne un bonus pour passer au level suivant. Ou les deux...

L. a dit…

Chers John et Corto (puisqu'il est d'accord !),

J'ai bien noté vos points de vue divergents et croyez-bien que j'en tiendrais compte au moins pendant les cinq minutes qui précèderont votre entrée fracassante (juré !) dans la cage des ours polaires. Ensuite, je me ferai juste un plaisir d'apprécier le spectacle... ça peut faire vachement mal, comme mine, un ours polaire.

J'ai bien noté avec quelle âpreté vous défendiez votre style de vie et/ou le fait qu'il faille se réfugier aux baraquements plutôt que de suivre Jack, ce qui me rappelle furieusement le coup de Naomi quand même (aussi connue sous le sobriquet de "quarante points").

Je vous sais gré d'illustrer aussi brillamment mes propos malgré tout, on se croirait revenu sur ce bon vieux forum de philo (ahhhhhh, le forum de philo. Une belle île de Lost, là aussi. "C'est la volonté de Phidalgooooo !") : quand j'écris "mines", ici, je ne veux pas dire "embrouilles" ou "difficultés", houlala non, qu'on me garde d'un tel premier-degréisme, j'ai une image de marque à respecter...

Non, je veux dire simplement (et ce n'est, j'espère, un mystère pour personne) que chaque acte, chaque mot, chaque choix du plus fondamental au plus anodin implique forcément des répercussions, certaines prévisibles, d'autres non, façon "papillon-qui-bat-des-ailes-et-qui-fait-le-sujet-du-prochain-film-de-Michael-Bay", lesquelles auront d'autres conséquences encore, qui en auront elles-mêmes en supplément et ainsi de suite jusqu'à engloutissement de l'Atlantide (au moins) ou destruction de Babylone.

Les mines, ici, ce sont ces fameuses conséquences. Dans certains cas précis, dans certaines situations, on s'en inquiète (généralement, quand on a quelque chose à perdre). Dans d'autres, beaucoup moins (généralement, quand ce sont les autres qui ont quelque chose à y perdre), voire pas du tout (généralement : en général). On ne pèse pas toujours ses mots, en comptant qu'ils s'envolent. Ils sont sensés être vite oubliés (mais est-ce bien les respecter que de les utiliser avec si peu de mesure ?). On se soucie surtout des conséquences POUR SOI. J'en passe et des meilleurs.

Or, si on part d'un principe purement abstrait (une fois de plus, ne fois de moins), tout choix implique son lot de conséquences. Symboliquement, décider de "faire un choix" implique donc (inconsciemment) "j'accepte toutes les conséquences que ce choix impliquera, pour moi et pour les autres". Or c'est, on en conviendra, loin d'être le cas dans la pratique (et les gens de se plaindre, et de se plaindre, et de se plaindre ensuite) (tout ça parce qu'ils ont choisi d'appuyer sur un foutu bouton toutes les 108 minutes) (et pas juste parce qu'ils "jouent" à Final Fantasy).

Par conséquent, chaque homme a bien le même nombre de mine sur son terrain, proportionnellement au nombre de choix qu'il aura à faire (ou qu'il fera tout court).

Bien sûr, si on s'occupe toujours des conséquences des conséquences des conséquences des conséquences, on ne bouge plus. Mais comment faire autrement, dès lors qu'on a conscience qu'il y aura des conséquences des conséquences des conséquences, des conséquences ? Comment se dire "j'en ai rien à carrer" quand qu'on le veuille ou non, on sait qu'on peut blesser ou être blessé ? Et puis, est-ce qu'il est forcément plus sensé, plus sage ou plus adulte de dire : "les conséquences ? Rien à carrer ! Surtout si ce sont les autres qui en font les frais" ou de se plaindre quand on se les prend dans la tête par retour de boomerang en arguant un magistral (bien que fort classique) "mais-euh... j'pouvais pas savoooooir ! - D'abord ! -).

Après, je n'épiloguerai pas (non, non) sur le fait de me retrouver taxé de paranoiaque par un gars qui est persuadé qu'une île lui parle ou qui s'est fait piqué son rein et balancer par la fenêtre par son Papounet adoré. A ce niveau là, ça devient un compliment ; )

Pour être sérieux, par contre, et éviter d'être mal interprété : je n'ai renié ni jugé personne (je garde ça pour la sphère privée et mes petits loisirs de week-end), quoi qu'il en soit. J'ai juste fait état de différences, et cherché à en comprendre la raison. Je n'ai pas dit qu'il y avait une voie meilleure qu'une autre. J'ai posé des questions. Qui étaient peut-être déjà des réponses, effectivement, mais le "peut-être" est ici important.

Quant au but ultime de la vie... Euuuuhhhhh.... 4 8 15 16 23 42

Bien à vous,

Ben.

L. a dit…

@Corto : J'aime beaucoup l'alégorie de sboites-mystères. j'espère sincèrement qu'elle rejoindra celle de la Caverne dans les rangs des Grands Classiques Universels. ne serait-ce que parce qu'on sent quand même bien l'ombre de la compile Megadrive en arrière plan...

(Alors la vie, tu vois, c'est un peu comme une partie de Golden Axe : ça peut se jouer à plusieurs mais chacun reste dans son coin, sauf quand il s'agit de récupérer des blocs de magies en tapant du gnome, où là, c'est la grosse rivalité. Il y a des effets de profondeurs mais les coups répondent pas toujours à la manette et surtout, tu ne peux avancer que quand on te dis clairement "Go !") (ce genre de choses)...

Corto a dit…

Mais complètement ! J'assume tout à fait mes références. ne dit-on pas, dans je ne sais plus quel évangile, "Sega, c'est plus fort que toi !" ?? et le proverbe "la raison du plus fort est toujours la meilleure" ??

CQFD.

Pour le reste je résumerai par une parodie : "une grande conscience implique de grandes responsabilités". Mesurer au maximum l'étendue des conséquences de ses actes et de ses paroles (dans la mesure de ses moyens), c'est faire une utilisation responsable de son libre arbitre.

L. a dit…

Hé ben voilà ! C'est tout le problème ! La différence, elle est là ! Les gens, ils jouent en 50 hertz, alors qu'un clic dans les options permet de passer tout ça en 60 et d'améliorer grandement la fluidité des machins !

La vie, comme un saut périlleux d'Ecco le Dauphin au milieu des méduses (oui, c'est pas des mines, pour lui, mais des méduses)... J'arrivais pourtant à le faire répondre au doigt et à l'oeil, jadis...

J'aime beaucoup l'idée "d'utilisation repsonsable du libre-arbitre". C'est rassurant de se dire qu'il peut y en avoir, finalement. J'en étais arriver à me demander à quoi il pouvait servir...

Corto a dit…

Tu aurais pu poser la question au destin. Après tout, il te doit bien ça l'animal !

Anonyme a dit…

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