
Ne reculant devant aucune espèce de sacrifice pécunier, me voilà nanti (
c'est bien le mot) d'une superbe box collector
"Les Chroniques de Lodoss". Il faut dire que cela faisait bien un mois qu'elle me faisait l'absence-de-yeux douce, m'appelant muettement sur un étalage tentateur.
N'est-elle pas séduisante (
au moins autant que Moon Bloodgood), avec son diadème d'or, sa silhouette parfaite, son couvercle en imitation cuir et sa fixation aimantée ? (
soupir)
(même Moon Bloodgood n'a pas de fixation aimantée !)A l'intérieur, inévitablement, tout ce qu'il faut pour survivre en terre du Lodoss Profond : une corde de trois mètres, une perche, une torche, un briquet en silex, quelques rations de viande séchée, des plantes médicinales ainsi qu'une épée courte. Dès lors, il ne reste plus à l'heureux (
futur) voyageur qu'à lacer ses pantoufles, s'enfoncer dans les plus moëlleuses boursouflures d'un canapé potentiellement hostile et de se laisser guider, pas après pas, chemin après chemin, entre bois enchantés, étendues désertiques riches en éléments dragonneux et îles enténébrées aux funestes destins. Fricassées d'orcs matin, midi et soir, vous voilà prévenus.
Un glorieux périple dont
VOUS serez immanquablement le héros et que vous composerez à votre guise, en fonctions de vos propres aspirations en la matière.
Ainsi donc, vous pourrez, par exemple, découvrir l'avènement de
Parn, le Chevalier Libre et suivre son cheminement de la naïveté de l'adolescence à la cruelle vérité des champs de batailles au fil des 13 magnifiques (
bien que statiques) OAVs
"Lodoss to Senki/Record of Lodoss War", qui ont été parmi les premières oeuvres à populariser l'animation japonaise en france, grâce à de magnifiques musiques "
d'époque" et un chara-design moderne signé du grand
Nobuteru Yuki (
au meilleur de sa forme).

Vous pourrez vous promener aussi au fil de la fameuse galerie royale pour vous extasier tout au long de ses 80 pages de croquis et d'études de personnages, réunies en
livret exclusif, certes un peu court, mais remarquable en tous points.
En parallèle, pourquoi ne pas revivre cette épopée sous un angle différent en vous plongeant dans
le premier tome du roman éponyme ("
La sorcière Grise"), novélisant la partie de jeu de rôle par laquelle tout à commencé. Relatant le combat contre la très ambigue Karla, tel qu'il s'est déroulé face au paravent du maître de cérémonie (
effet saisissant, pour les rôlistes aguerris. Difficile de ne pas s'y retrouver d'une manière ou d'une autre), il ne se distingue certes pas par une écriture de qualité (
c'est un doux euphémisme, même si elle s'améliore en cours de route), mais il apporte quelques explications aussi supplémentaires que bienvenues tout en s'acquittant involontairement du rôle de making-of papier, jusque dans l'aspect visuel des choses puisqu'il propose ici et là quelques illustrations signées du non moins grand
Yutaka Izubuchi (à qui l'on doit la première version graphique des personnages).
A l'envi, vous pourrez aussi vivre, revivre, si ce n'est transpirer la quête dense et épique (
les termes sont ici employés dans leur sens le plus fort) des six héros de la légende, tout au long des deux tomes du magistral manga "
la Dame de Falis", dont les dessins européanisants s'avèrent dès les toutes premières planches d'une flamboyance et d'un souffle propres à couper le vôtre.
Las des conflits trop noirs et tortueux ? Vous pourrez aussi suivre les aventures de
Spark, apprenti chevalier de son état (
Flaim, le royaume du roi mercenaire) tout au long des 27 épisodes de la série télévisée (
d'animation, toujours)
"la Légende du Chevalier Héroïque", qui pâtit d'un petit budget en contraste frappant avec le magnifique générique de début, mais reste agréable malgré tout. Vous y retrouverez aussi votre (
désormais) "vieux" compagnon de route
Parn, dans une nouvelle version alternative de ses propres aventures, et pourrez reposer vos mollets fourbus le temps d'une mini série parodique intitulée
"Bienvenue à Lodoss", laquelle ne manquera pas d'entraîner son lot de sourires, le soir, à la taverne, après d'éprouvantes pérégrinations.
Il vous restera encore à traverser l'océan en compagnie du très charismatique chevalier noir
Ashram et de sa bien-aimée
Pirotess pour aborder sur les plages interdites de
Crystania, l'île des dieux-animaux, le temps d'un long métrage au graphisme étrange, simpliste, mais particulièrement stylé, puis de trois nouvelles OAVs tout aussi trépidantes.
Enfin, vous n'aurez plus qu'à parcourir les nombreux
bonus kitschissimes (
marque de fabrique de l'éditeur) semés ici où là, et vous pourrez rentrer chez vous, "
plein d'usage et raison", et d'images imprimées à l'envers de votre rétine.

Plusieurs mois plus tard, à n'en pas douter, vous vous féliciterez d'avoir pleinement vécue cette expérience multi-médias plus unique qu'elle n'en a l'air ! Car oui, contre toute attente, la multiplicité des supports et des angles d'approche apporte un réel "plus" à cet ensemble pourtant particulièrement alléchant : selon les humeurs et les "
tiens, et si ?", on grapille, on mélange, on se promène clopin-clopan sur ces terres enchantées peuplées de créatures grotesques et merveilleuses, on y tombe amoureux de la jolie Deedo, on y admire le dévouement du berserker Orson, on s'y moque même du glorieux roi Kashew... D'une étape à l'autre, on flâne, nonchalant, au hasard des rencontres, des désirs, des aspirations à l'ordre du soir. Bien sûr, manga excepté, tout ce beau monde a quelque peu vieilli et même pris quelques vénérables rides, c'est vrai... Mais à une époque où l'animation est devenue presque intégralement digitale, il fait bon de se rappeler les temps lointains de l'ère "
celluloïds" et son charme si particulier.
Alors, effectivement, posons-le noir sur blanc, l'univers de
Lodoss n'a rien d'original. Il respire même le déjà-vu à chaque bouffée d'air inspirée, à chaque coin de décor, sur chaque trait de héros, dans chaque ombre de chaque créature nocturne. Il ne se réapproprie pas, il ne réinvente pas, il respecte juste scrupuleusement, mais avec une incontestable générosité, une passion aussi naïve et touchante que celle qui anime ses protagonistes. Sur l'île maudite de Lodoss, ce n'est ni l'esthétique (
pourtant parfois extrêmement soignée), ni le scénario un rien linéaire (
mais moins manichéen qu'il pourrait y paraître) qui entraîne le voyaspectateur, mais cette ambiance magique, palpable, pleine de foi et de révérence qui s'en dégage sans cesse et en toutes occasions... Aussi : cette matière, cette réalité que lui donnent les auteurs tant ils ont (on le sent) envie de faire partager leur bout d'univers. Tout n'y est évidemment pas d'une qualité égale mais qu'importe, on oublie vite les quelques déceptions pour se laisser happer, fasciner, engloutir et au-delà, redécouvrir, un peu troublé, le plaisir coupable d'une Heroic Fantasy dont on pensait pourtant être définitivement revenu avec l'âge !
Vendue entre 60 et 80 euros selon les boutiques, cette invitation à la rêverie ne doit se rater sous aucun prétexte, dès lors qu'on n'est pas allergique à l'animation japonaise...
Trailer amateur ici :
http://fr.youtube.com/watch?v=xNXeM98axM4
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Le bonheur étant venu accompagné (pour une fois), on ne devra pas non plus manquer le coffret intégral de la saga orientalisante Arslan Senki (les Chroniques d'Arslan), enfin disponible sur notre territoire touché par la grâce ! En deux films magistraux (l'animation et la mise en scène y donnent lieu à de magnifiques exercices de style, et la musique de Norihiro Tsuru n'a jamais été aussi envoûtante) et 4 OAVs (de facture plus classique, mais soignée), un jeune prince idéaliste, pacifiste et généreux se voit privé de son trône, de son royaume et de son père par un redoutable ennemi masqué, et se retrouve contraint de monter une armée clandestine pour libérer son peuple... Sans créatures surnaturelles ni excès de lyrisme scénaristique, mais avec beaucoup d'intelligence et de style, l'ensemble laisse la part belle à ses très beaux personnages (sur le fond comme sur la forme. L'ombre de Yoshitaka Amano plane d'ailleurs en arrière plan, puisque son travail d'illustration sur les romans a servi de modèle aux designers...) et à leurs stratégies guerrières.
Réalisé eux aussi au début des années 90, encore de vrais chefs d'oeuvre d'ambiance comme on n'en fait hélas plus de nos jours (soupir)
("c'était mieux a-vaaant !". Air connu).
Clip amateur ici : http://fr.youtube.com/watch?v=gEoBeNScFEw&feature=related