lundi 29 décembre 2008

C'est (pas) bon-pour-le-mo-ral ! (mais à quoi vous vous prépariez, franchement ?)

... A ce que je vous chante l'intégrale de la Compagnie Créole, peut-être ? Tssss, c'est bien mal me connaître ! (et encore me connaître trop bien, effectivement !).

Comme annoncé en en-tête d'un précédent billet du même acablant acabit, premier véritable épisode d'une série de textes courts écrits il y a quelques années de ça, histoire d'y voir plus clair, en forme d'auto-pseudo-psychothérapie gratuite et, par conséquent (il paraît), tout à fait inefficace ! Attention cependant : sincérité oblige, c'est encore plus indigeste que d'habitude ! (gardez le Dulcolax a porté de main, on ne sait jamais, ça pourrait servir !)




SEANCE 1 :

Il y a une histoire que mes parents me racontaient souvent lorsque j’étais enfant et que j’aimais beaucoup, celle du « vilain petit canard »...

Peut-être parce qu’au fond de moi, sans me l’avouer, je me sentais comme ce vilain canard (seul, maladroit, différent), ou peut-être parce que c’était le contraire, au fond, parce que je pressentais des grandeurs en moi qui - comme dans l’histoire - écloraient un beau jour. J’aimais particulièrement la morale, parce que pour moi, c’était ainsi que la vie devait être : fondamentalement et profondément « juste ». On pouvait bien traverser mille épreuves, alors, se heurter à mille autres obstacles, souffrir, tomber plus bas, toujours plus bas, il fallait que toutes ces épreuves mènent à une fin heureuse, à une fin « méritée »...

J’aimais particulièrement la morale, c’est vrai, mais je sentais pourtant qu’au-delà des mots, au-delà des illustrations multicolores, il y avait comme une ombre, quelque chose qui ne collait pas, quelque chose d’illogique, quelque chose qui - oui ! - n’était pas « juste », en fait.

Car que nous raconte cette histoire, en fait ?

Le vilain petit canard naît différent et forcément, il se retrouve mis à l’écart, sujet de moqueries, de sourires méprisants et de regards blessants : il n’est pas beau, il n’est pas très gracieux, pas très adroit, pas très « canard » et c’est ce qui lui vaut d’être rejeté. Ce, jusqu’au jour… Jusqu’au jour où, en grandissant, enfin, il devient un cygne magnifique, plus beau, plus gracieux, plus adroit que tous ses frères canards qui, hier, se moquaient si ouvertement de lui et qui, aujourd’hui, ne peuvent plus que l’envier non moins ouvertement.

Et voilà : « Tout est Bien qui finit Bien ». Sauf que…

Parfois, il arrivait qu’avec mes parents, nous allions nous promener au bord du lac d’Annecy, flâner au bord de l’eau et là, nous nous arrêtions systématiquement pour regarder nager les cygnes. C’est vrai qu’ils étaient « beaux », dans tous les sens du terme : blancs comme la neige, altiers, superbes, d’une élégance princière…

Comment ne pas les admirer, alors, comme l’on admirerait une vitrine de jouets de porcelaine ou de fragiles esquisses de perfection ? ! Plumes et duvets, flocons de rêve, poèmes faits battement d’ailes… En apparence.

Parce qu’au-delà de l’apparence, de sa grâce et de sa beauté, le cygne est un animal colérique, « mauvais » et particulièrement agressif, dont il vaut mieux ne pas s’approcher si l’on ne veut pas recevoir un coup de bec malveillant. Le décalage entre « ce que je voyais » et la réalité m’a beaucoup intrigué. Avec le temps, j’ai fini par me demander : pourquoi la Nature avait-elle créé un animal si beau pour ensuite cacher derrière sa beauté un cœur si noir, si malveillant ? Pourquoi tricher ainsi avec les apparences ? Pourquoi mentir et laisser croire à une infinie majesté pour dissimuler au-delà tant de bassesses ?

Peut-être…

Que c’était une leçon que j’étais censé retenir ? ! Peut-être, au fond, valait-il mieux n’être qu’un vilain petit canard et le rester sa vie entière, plutôt que d’être un cygne en devenir ? ! Peut-être valait-il mieux ne pas être « beau » si être beau, c’était devenir mauvais, et peut-être que ce qui comptait, en définitive, ce n’était pas ce dont on avait l’air, ce que les gens voyaient en nous mais ce que l’on était, au fond de notre cœur ?

Une chose était sûre : je me sentais peut-être comme le vilain petit canard de cette histoire mais jamais, jamais, jamais (au grand jamais), je n’accepterais d'être un cygne.

7 commentaires:

Corto a dit…

Excellente petite histoire ! Tu vas me dire que je suis bizarrement trop complimenteux aujourd'hui mais non, c'est vraiment super bon, sur le fond comme sur la forme.

Une question quand même : ne pas devenir le cygne, ok, ça j'ai compris. Mais pourquoi rester un canard qui se moque tout le temps ? Pourquoi ne pas dire : "je ne suis ni un cygne, ni un canard ! Et toc !"

C'est une morale alternative à ta morale alternative à la morale de l'histoire du vilain petit canard.

L. a dit…

Attends ! Hé ! Je me faisais ces réflexions, je devais avoir sept ou huit ans, alors j'étais encore imprégné par un certain manichéisme animal ! Je n'avais pas encore lu la version Clamp des Contes de la mère l'Oye...

J'avais un peu peur, pour être franc, de me faire tacler sévère sur ce texte, et n'en suis que plus ravi de ta critique gentille ! Rappelle-moi de te complimenter plus souvent, ça te met visiblement de bonne humeur.

Je pense que, peut-être, ce qui joue en la faveur de ce texte, c'estd 'être un presque-premier jet, d'avoir un fond authentique et d'être raconté sans masque stylistique, pour une fois...

Corto a dit…

J'aurais pas mieux dit ! C'est pas du compliment à deux balles mon cher : c'est pour de vrai bien écrit. Toi qui plaide pour la sincérité à 250%, je trouve que ça marche mieux sans artifices. Ce qui ne veut pas dire qu'il faut renier systématiqueme les dits artifices (je commence à te connaître : "tiens, ya une répétition là..." et dix ans plus tard on y est encore) mais ça change agréablement.

Corto a dit…

Tu te rends compte que si tu choisisais un psy, avec ce genre de trucs il écrirait une thèse qui ferait de lui un génie de sa profession ?
Tu te rends compte qu'en choisissant soigneusement le psy en question tu pourrais changer la phase du monde ?
Tu te rends compte que tu n'as rien fait de tout ça ?...

L. a dit…

C'est trop, c'est trop ! (eeuuuuh, non, c'est pas trop, c'est pas trop, encore, encore !), même si entre les lignes, t'es quand même en train de me dire que c'est mieux que mon bouquin... Yargl !

Pour ta dernière remarque, tu ne me mets pas la pression, là, du tout...

C'est vrai que ça m'éclaterait bien, mais je sais comment l'histoire se terminerait. Dans ma vision, il y a du bois et quelque chose qui ressemble à des clous... Et on entend des rires, en arrière-plan !

Ah mais non, c'est pas une vision, c'est ma situation actuelle ! Je me disais, aussi...

Corto a dit…

Oui ! Parce qu'en vrai ils étaient pas cloués... Ils étaient attachés.

Corto a dit…

Enfin... c'est pas hyper sûr non plus, c'est une théorie. Il paraît qu'on cherche des cobayes pour tester toutes les hypothèses. C'est pas payé, ça devrait t'intéresser.